Le Mithraeum d’Ostie

Le culte de Mithra, même s’il n’en reste presque plus rien aujourd’hui, fut pourtant une religion importante dans le monde romain. Ce culte fut l’une des premières grandes religions monothéistes. Réservée uniquement aux hommes, secrète et fortement hiérarchisée, cette croyance ne put résister au christianisme. Le mithriacisme a tout de même laissé des traces permettant de reconstituer l’histoire d’une religion complexe qui aurait peut-être pu devenir la naître.

Origines

Dans l’Antiquité, la Perse comptait trois grandes religions : celle des mages, celle du peuple et celle du roi où Mithra apparaît pour la première fois sous le règne d’Artaxerxés II. En védique (forme archaïque du sanskrit), Mitra signifie « ami » ou « contrat », il est ainsi pris à témoin des serments et engagements, mais à cette époque Mithra n’est pas encore adoré dans un culte consacré à lui seul.

Plusieurs circonstances permettent au culte de Mithra de s’étendre. La conquête de l’Empire perse par Alexandre amène le culte dans le monde hellénistique grâce aux aristocraties de souches iranienne qui gardent leurs anciens dieux. Les pirates ciliciens (région du sud de la Turquie asiatique), capturés par Pompée, sont les premiers à introduire dans le monde romain le culte de Mithra, en 67 avant J.-C. d’après Plutarque. Ils pratiquaient e effet des sacrifices et un rituel initiatique dans les grottes de leurs montagnes. Puis les légionnaires importent Mithra en Italie à l’époque flavienne.

Les soldats considéraient Mithra comme leur protecteur. Ainsi, au 2ème siècle après J.-C., le culte s’implante à Rome et en Italie, et surtout dans les colonies militaires, les villes de garnison, en Afrique, en Bretagne, en Gaule, sur les bords du Rhin et du Danube. Pour plaire aux soldats, Commode se fait initier au culte, suivit par ses successeurs. Le culte faillit devenir la religion officielle sous Aurélien. L’empereur Julien fut aussi un adorateur de Mithra et il essaya, un peu tard, de substituer le culte de Mithra au christianisme, qui connaît lui aussi une grande expansion à cette époque. Le culte n’acceptant pas les femmes, n’ayant pas réussi à trouver beaucoup d’adeptes dans les couches populaires et étant un culte de petites sociétés, il ne peut devenir une religion de masse. De plus on reproche aux mithriastes d’adorer un dieu venu de Perse, ennemi héréditaire des Romains.

L’empereur Constantin, le premier empereur chrétien, interdit, en 324, les sacrifices. Comme le culte de Mithra reposait essentiellement sur un sacrifice sanglant, le culte fut poursuivi systématiquement. Les chrétiens accusaient aussi le culte d’être une religion des ténèbres puisqu’il se passait dans des cryptes et des antres souterraines. Le culte de Mithra a donc décliné peu à peu. Puis il dut laisser sa place au christianisme et disparaître au 4ème siècle.

Le Mithraeum

Le culte de Mithra se déroulait dans un Mithraeum, un endroit généralement souterrain de la forme d’une caverne en souvenir de l’époque où les pirates pratiquaient le culte dans des grottes.

Le Mithraeum était aménagé comme une salle à manger avec des bancs de pierre le long des murs. Au bout du couloir formé par les bancs se trouvait la statue ou le bas-relief représentant le sacrifice du taureau. Mithra y était généralement représenté tuant un taureau et portant le bonnet phrygien (coiffure semblable au bonnet d’affranchi). Il aurait tué l’animal qui symbolise les forces du mal pour sauver la création. Le sang du taureau aurait apporté la végétation et nourrit les espèces animales. Après avoir tué le taureau, Mithra serait monté sur le char du Soleil.

Culte et initiation

Le culte de Mithra était un culte secret, réservé aux hommes et comprenant sept degrés d’initiation. Pour y participer il fallait être initié après avoir été interrogé, sondé et informé du mythe et des rituels. Il fallait ensuite passer des épreuves d’endurance physique les yeux bandés: épreuve de résistance au feu et au froid, simulacres de mort, etc. Chacun des grades était assimilé à une planète et à des responsabilités. Ils avaient aussi chacun un costume. Les initiés partageaient un repas à la suite d’un sacrifice rituel, couchés sur les bancs. Le repas devait être précédé d’une explication du mythe de Mithra avec peut-être une lecture de textes sacrés. Le mois de juillet était consacré à Mithra.

On peut remarquer des similitudes avec le christianisme, en effet le dimanche était spécialement célébré (jour du Soleil), le 25 décembre était fêté comme l’anniversaire de Mithra ainsi que celui du Soleil et lors des rituels, on partageait le pain et l’eau.

Conclusion

Le culte de Mithra a connu une expansion extraordinaire parallèlement au christianisme grâce aux conquêtes de l’Empire romain et aux échanges commerciaux. Le fait que le culte soit secret, exclusivement masculin et fortement hiérarchisé donna une certaine force à cette religion. Mais cela constituait aussi sa faiblesse par l’exclusion des femmes et des classes populaires.

Le culte de Mithra disparut alors de l’Occident mais survécut en Iran dans le zoroastrisme, la religion officielle. Mithra est devenu Mihr, à qui on offrait encore jusqu’en 1800 des sacrifices de taureaux. Il persiste aujourd’hui quelques communautés zoroastres qui comptent Mithra comme l’un de leurs dieux. De nos jours en Occident, on pourrait comparer ce culte avec le fonctionnement de certaines société secrètes, masculines et très hiérarchisées comme les francs-maçons.

Louise Bonsack