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Manuels de communication latin-anglais

Manuels de communication latin-anglais Posted on 1 mai 2008

– Quis dicit linguam Latinam mortuam esse ?
– Who says Latin is a dead language ?

Au début des années 70, à une époque où les méthodes de langues axaient leur stratégie sur la communication et où fleurissaient les manuels de dialogues dans les situations quotidiennes, sur le modèle de Berlitz, un Allemand eut l’idée d’appliquer ce principe aux langues dites mortes, le grec et le latin.

Sous le pseudonyme de Johannides, il avait publié Sprechen Sie Attisch ? Et sous celui de Capellanus, ces Facetiae Latinae traduites Latin can be fun, grand succès en librairies et adaptées aux préoccupations britanniques, avec des sections “politique” et “sport” complètement refondues. Le livre se présente comme un guide de conversation avec une page sur la prononciation, puis des sections comme “au restaurant”, “chez le médecin”, ou d’autres plus inattendues comme “aux Jeux olympiques d’hiver”. Peter Needham, l’adaptateur, s’est fait plaisir en ajoutant quelques appendices comme des vers célèbres, les traductions de toutes les devises royales ou footballistiques (pour preuve, celle d’Arsenal: Victoria concordia crescit -Victory grows from harmony) et en prime, une composition libre sur l’Euro 96. Débutant dans un style enthousiaste digne des Odes de Pindare, elle se termine tristement lorsque le 6e tireur anglais manque son penalty et fait perdre son équipe face à l’Allemagne:

Paucis post diebus suo gladio iugulata est manus nostra spe omni evanescente cum ictum imbecillum direxit ad rete Germanum lusor quidam infelicissimus sextus ipse (non non, ce n’était pas Beckham…)

Suivant ce modèle, l’Anglaise Sam Foster et l’Américain Henry Beard, auteur de la fameuse parodie Bored of the Rings, l’ont remis au goût du jour et y ont instillé un humour propre à leur culture et dont l’ouvrage de Capellanus était dépourvu.

Le premier, 21st Century Latin, présente en couverture un gras Romain en toge vautré sur un canapé avec dans une main une bière, dans l’autre une télécommande, ce qui donne parfaitement le ton de l’ouvrage, proposant des phrases comme:

Si bibere nimis esset ludus Olympicus, tolleret Britannia clipeum aureum (If binge drinking was an Olympic sport, Britain would get the gold medal),
Tantum exportabo parvam portionem solanorum tuberosorum frictorum (I’ll just have a small fries)
Non possum recordari numerum proprium quo cognoscar meum. Nihil attingit illam ultinam ampulam vini (I can’t remember my PIN. It’s got nothing to do with that last bottle of wine)
Cognitum est mihi, legi mandatum telae in Rubo Fructicoso meo (I’m already up to speed, I read the email on my Blackberry)
Colligo vacuas ampulas aquae muscoviticae signum esse omnium rerum gestarum mearum in academia (I keep empty vodka bottles as a sign of all my university achievements).

X-treme Latin va plus loin dans la provocation, comme le laisse suggérer la couv’, habile détournement du célèbre tableau de David, où les Horaces, au lieu de tendre le bras, font un pied de nez, un bras d’honneur, tandis que le troisième lève le majeur…

L’ouvrage est divisé en 3 chapitres, latin pour débutants, intermédiaires et avancés. Il débute par une “petite histoire” que je vous livre en intégalité:

Puellae filiae agricolarum sunt. Puellae pulchrae sunt. Puellae nautas in via spectant. Nautae pulchri sunt. Puellae nautas salutant. O malam fortunam ! Nautae male mares sunt. Nautae ad puellas digitos impudicos porrigunt. Puellae nautas appellant. “Speramus naviculam misellam vestram ad scopulum adlisam iri summersum.” Puellae in forum descendere destinant et ibi mercimonium furari. Omnes paucis annis prosedae erunt.
The girls are the daughters of the farmers. The girls are pretty. The girls see the sailors in the street. The sailors are hunks. The girls say hello to the sailors. Too bad ! The sailors are homos. The sailors give the girls the finger. The girls call out the sailors. “We hope your stupid boat hits a rock and sinks.” The girls decide to go down to the mall and shoplift some stuff. In a few years they will all be hookers.

Ainsi déniaisé, le lecteur passera au chapitre “syntaxis utilis” pour exercer les temps et modes verbaux, passant de l’impératif Futue te ipsum (Go fuck yourself), à, deux pages plus loin, l’ablatif absolu Te fututo, gaudeo (You having been fucked, I rejoice).

Alors, blague de potache ? Ouvrage licencieux à se passer sous le manteau dans les couloirs des sciences de l’Antiquité ? Clou de fin de soirée de vos toga parties, en pleine digestion d’agnus tarpeianus arrosé de mulsum ? Outil pédagogique pour pimenter vos cours ? (Là je ne parle que de Latin can be fun...). A vous de voir! Quoi qu’il en soit, comme dit Sam Foster:

Latina solum cadet de usu si non ea utimur !
Latin will only die if we do not speak it !

Agnès Collet

21st Century Latin
from ASBO Teens to Being Green
de Sam Foster (Auteur)
Editeur: Summersdale Publishers (2007)
Prix indicatif (www.amazon.fr): 12,72 euros

X-Treme Latin
All the Latin You Need to Know for Survival in the 21st Century
de Henry Beard (Auteur)
Editeur: Gotham Books (2005)
Prix indicatif (www.amazon.fr): 6,43 euros