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Réouverture de la Villa Getty… enfin

Réouverture de la Villa Getty… enfin Posted on 24 novembre 20091 Comment

C’est depuis mon déménagement à Los Angeles, il y a quatre ans, que j’attendais avec impatience l’ouverture toujours prochaine de la Villa Getty de Malibu. Quatre ans après, l’impatience s’est transformée en trépidation. Finalement, le 28 janvier 2006, après presque 10 ans de rénovation et de batailles juridiques avec les voisins, la Villa a rouvert ses portes en grande fanfare. L’excitation était telle que tous les billets étaient déjà réservés jusqu’à fin juillet.

Mais avant de vous y emmener par la plume, laissez-moi vous expliquer la raison de cet enthousiasme. La Villa Getty, pour ceux qui ne la connaîtraient pas, est rien moins que la réplique grandeur nature de la Villa des Papyrus d’Herculanum, abritant la collection d’art antique du magnat du pétrole J. Paul Getty. Un projet très américain, certes, mais qui n’a jamais rêvé de voir renaître ne serait-ce qu’une seule maison de Pompéi, de voir refleurir ses jardins, couler ses fontaines ? Le projet aurait pu être kitch, très kitch. Le résultat, pourtant, est extraordinaire.

Histoire de la collection et de la Villa

J. Paul Getty (1892-1976) construisit d’abord un ranch dans ce “canyon” près de Malibu pour y abriter sa collection d’art antique, chemin tortueux nous mène jusqu’à l’entrée de la villa plus haut dans le canyon. Elle est située au creux d’une conque, et les architectes, Rodolfo Machado et Jorge Silvetti de Boston, ont choisi de donner une impression de chantier de fouilles archéologiques, comme à Herculanum, en imitant les strates d’excavation par une alternance de divers matériaux. La villa se situe au fond de ce trou, on l’atteint par des escaliers, ou en descendant les gradins d’un… théâtre ! C’est une des libertés qu’a prises le projet par rapport à la Villa des Papyrus.

Le théâtre à flanc de coteau, inspiré de celui de Pompéi, est en pierres blanches très sobres. Il est positionné idéalement en
face de la colonnade de la façade d’entrée, qui peut ainsi servir de scène pour une représentation théâtrale. Le tout n’est pas très vraisemblable pour une maison privée, mais plutôt élégant, et l’acoustique ne semble pas mauvaise. Ce théâtre de 450 places sera inauguré en septembre par l’Hyppolite d’Euripide. Il y a un autre théâtre à l’intérieur, ainsi qu’un auditorium.

Une fois passés le portique d’entrée et le vestibule orné d’une mosaïque géométrique, on arrive dans l’atrium décoré dans le premier style pompéien. Les couleurs sont vives, mais pas violentes. Au milieu, il y a l’impluvium de rigueur entouré d’une fortification en mosaïque noire sur fond blanc. Un compluvium est découpé dans le plafond; le guide nous explique qu’il peut être fermé automatiquement en cas de pluie, ainsi que la nuit: petite concession à la modernité. Soudain une pluie printanière se met à tomber comme pour illustrer les explications du guide. Béats, nous la regardons tomber dans l’impluvium, comme si c’était Zeus lui-même qui tombait en pluie d’or sous nos yeux.

La villa a gardé autant que possible le plan original, ou du moins un plan traditionnel romain. En continuant depuis l’atrium, on arrive dans un premier jardin, le péristyle intérieur, d’une grande sérénité. Comme son nom l’indique, il est entouré d’un portique sur tous les côtés, et est parcouru d’un bassin long et étroit flanqué de cinq statues de femmes en bronze, des copies de celles retrouvées dans la Villa des Papyrus.

En suivant le bassin on arrive à l’escalier monumental, que les architectes admettent volontiers être un gros anachronisme rendu nécessaire par le flux de visiteurs: les Romains avaient des escaliers étroits et dissimulés. Mais cet ajout est très discret, et ne cache pas la perspective que l’on a depuis le péristyle sur le jardin de l’Est, au centre duquel se trouve une large fontaine circulaire surmontée d’un bassin en bronze sur piédestal. Il y a une deuxième fontaine contre le mur du fond, avec une niche en mosaïques bleues et coquillages, flanquée de deux masques de théâtre en marbre. C’est une copie exacte de celle de la Maison de la Grande Fontaine à Pompéi.

En retournant dans la Villa, on pourra encore s’extasier dans quatre grandes salles littéralement remplies de marbres du sol au plafond: la “Basilique” cruciforme présente une copie d’un pavement de la Maison des Papyrus, en marbres jaune, blanc, rouge et vert. La “Salle des Marbres Colorés” exhibe pas moins de 14 marbres différents multicolores. Le sol est une copie d’une maison d’Herculanum. Ce qui rend ce sol unique, c’est qu’il est entièrement composé de fragments de marbre anciens (où les ont-ils trouvés, on se le demande). Les parois sont aussi couvertes de marbre imitant des murs de la Maison des Vettii (sauf qu’à Pompéi ces murs sont peints en trompe-l’oeil, pas en marbre véritable !).

Toute cette opulence pâlit devant le “Temple d’Hercule”. Cette petite salle circulaire à coupole, que l’on n’aurait pas trouvée dans une maison privée, abrite l’oeuvre préférée de J. Paul Getty: l’Hercule de Lansdowne, que M. Getty avait acheté au marquis du même nom en 1951. L’impressionnante statue pourtant se trouve en compétition avec une mosaïque extraordinaire, qui comporte pas moins de 4000 morceaux de marbre noir et jaune ! Enfin, pour qui n’aurait pas vu assez de marbre, le triclinium explose en une cascade de marbres et de porphyres disposés en opus sectile. On ne s’étonne plus que la restauration ait coûté 275 millions de dollars. L’oeil se repose enfin sur la fresque du plafond, et au-delà de la porte monumentale en bronze, sur le péristyle extérieur.

C’est peut-être l’image la plus connue du Musée: le grand jardin du péristyle extérieur, avec son long bassin s’élançant vers l’océan, entouré de haies géométriques, de pergolas, et bien sûr du portique monumental. C’est une merveille, que l’on se promène dans le jardin parmi les statues de bronze (toutes les statues à l’extérieur sont des copies, tout ce qui est à l’intérieur du musée est original) ou sous le portique couvert de fresques et de trompe l’oeil, empruntés à diverses maisons antiques. Le jardin se termine par une terrasse d’où l’on aperçoit l’océan.

Après l’opulence des deux péristyles, le jardin des herbes semble presque monacal. On y trouve toutes sortes d’herbes et plantes utilisées dans la cuisine et la médecine antique. Apicius s’y serait trouvé à l’aise. Ce jardin est embelli des immanquables bassins remplis de papyrus.

Bien que la tentation soit forte de rester dans les jardins, on retourne à l’intérieur pour découvrir le deuxième étage. Les salles en sont plus sobres, les sols plus modestes, en “terrazzo” élégant, une technique qui mélange des petits morceaux de marbre avec du ciment. Des mosaïques y sont parfois incluses. Les plafonds de certaines salles ont été percés de puits de lumière, afin de pourvoir une lumière naturelle aux oeuvres qui le permettent.

L’exposition elle-même est harmonieusement organisée par thèmes plutôt que par périodes, mélangeant sans remords les pièces grecques, étrusques et romaines. On trouve des salles sur les dieux, les héros, l’Iliade et l’Odyssée, les athlètes, les femmes, les enfants, la religion etc. L’exposition donne une bonne introduction à l’Antiquité, aidée d’une excellente salle multimédia. Les pièces exposées (1200 environ sur une collection de 44’000) sont fort belles, arrangées avec goût. J’en parlerai peut-être plus en détail dans un prochain article.

Toutes les oeuvres, autant dans les galeries que dans les dépôts, sont protégées par des systèmes antisismiques élaborés.

Mégalomane tout cela ?
Extravagant ?

Oui, mais avec bon goût et modestie, si l’on ose dire. C’est que l’on s’habitue très vite à être entouré de marbres, fresques, statues, fontaines et jardins servant d’écrin à une merveilleuse collection d’art antique. Se promener dans ce décor comme
un riche romain, quel plaisir ! Tout est harmonieux, rien ne semble déplacé. Peut-être parce que les architectes se sont rigoureusement cantonnés à la reproduction de détails antiques, puisant dans les maisons de Pompéi et Herculanum quand la Villa des Papyrus ne pouvait leur offrir les informations nécessaires. Ce patchwork de décorations empruntées ici et là a été assemblé avec grande finesse. De plus, on ne peut que rester admiratif face au soin porté aux détails: les lampes romaines en bronze, les bancs de bois ou de marbre, tendus de courroies de cuir…

Le résultat est une maison qui n’a jamais existé telle quelle, mais qui présente au visiteur un condensé vraisemblable de ce qu’on a retrouvé de plus beau aux pieds du Vésuve. Si un jour le volcan décidait d’engloutir à nouveau les villes antiques, tout ne serait pas perdu.

Pour qui serait de passage à Los Angeles, c’est désormais une visite qui s’impose.

Informations pratiques

La visite est gratuite, mais il faut réserver des billets à l’avance. On peut le faire par internet depuis le site www.getty.edu. Vu le succès de la Villa, il est conseillé de s’y prendre bien à l’avance.

On peut se faire une idée de la collection en consultant le site internet www.getty.edu, qui a un excellent moteur de recherche et qui met à disposition des photos de toute la collection. Cliquez sur “Art ” et faites votre choix.

Si l’on veut se faire une idée des sols en “terrazzo” (dit-on “à la vénitienne” ?) de la villa, on peut consulter le site de la National Terrazzo and Mosaic Association (Association Nationale des Mosaïques et Terrazzo). Cette association américaine a décerné en 2005 son grand prix du “terrazzo” à la Villa Getty et publie des photos des sols des galeries. Allez sur le site internet www.ntma.com, cliquez sur “Terrazzo Honor Awards”, puis sur “Job of the Year, Getty Villa Renovation”.

1 comment

  1. Merci de nous faire partager votre visite et de nous faire rêver un peu à une autre époque et à d’autres lieux ….Qui n’aurait pas envie de remonter le temps et visiter lEgypte au temps de pharaons ou la Rome antique du temps de sa splendeur ….Voir Pompei et Herculanum avant que le vésuve ne les réduise en cendres ou aller voir si l’Atlantide a vraiment existé …..

    Encore merci !!!!

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